Triple A, pas de chocolats

30 décembre 2011, 4 Commentaires

Ne cherchez pas ce qui ne va pas augmenter au 1er janvier, il n’y a rien.
Vous avez besoin de gaz pour vous chauffer et cuisiner ? Comptez 4,4% de plus sur la facture.
Vous avez besoin de vous soigner ? +5% en moyenne à débourser pour votre mutuelle.
Vous avez envie de boire un bon Coca bien frais ? +35%.
Désormais pour les anniversaires de vos enfants, pensez à l’eau du robinet.
Envie de vacances ? +3,2% sur les billets de TGV.
Et si du coup on se faisait un théâtre, une expo, un concert ou un ciné pour oublier cette morosité ? Et bim la TVA à 7% dans ta face ! (*)

Alors heureusement qu’en cette fin d’année il nous reste le réconfort d’une bonne bouffe en famille quand on la chance d’en avoir une (oui la chance).
Et que lorsqu’on est seul et ou sans ressources des citoyens s’activent pour que l’on se sente moins isolé en cette période où la solitude est encore plus pesante que le reste de l’année.
Ah bah non tiens, si on supprimait ce genre de petits gestes qui ne coûtent pas grand chose à la collectivité mais qui peuvent apporter un quelconque réconfort à des personnes oubliées une grande partie de l’année.
Si on supprimait la distribution des boîtes de chocolats dans les maisons de retraite ?
C’est la riche idée du Conseil général du Loiret. (**)
Immonde mesquinerie.
Une économie de moins de 30 000 euros selon un élu de l’opposition, 80 000 selon le Conseil général.
Bon sang mais c’est bien sûr c’est la crotte en chocolat qui menace le triple A !
Qui a déjà été dans une maison de retraite sait que la plus infime des activités engendre des heures de discussions, de préparations, autant de moments de convivialité et de partage. Cela ne coûte pas grand chose et, sans faire de misérabilisme à 3,50 euros (bientôt taxé à 7%), pour eux c’est énorme.
Alors oui supprimons le peu d’humanité qui nous reste, restons tous terrés chez nous, ne dépensons plus rien, ne partageons plus rien, vivons repliés sur nous-mêmes, n’ayons plus aucun loisir et gardons nos sous surtout car demain sera sans doute pire qu’hier.
J’ai peu de notions en économie mais il me semble que le moteur de la croissance en France est la consommation. Je me trompe ou ce sont d’autres qui ont faux sur toute la ligne ?


* « Ce qui change en janvier » (Libération) http://www.liberation.fr/vous/01012380185-ce-qui-change-en-janvier

** « Loiret : pas de chocolats de Noël pour les personnes âgées » (Le Parisien) http://www.leparisien.fr/politique/loiret-pas-de-chocolats-de-noel-pour-les-personnes-agees-29-12-2011-1788228.php


Aux chartes et caetera

7 août 2011, 6 Commentaires

Encadrer. Réguler. Limiter. Vent de panique dans les rédactions où Twitter s’est invité insidieusement sans qu’aucun des rédacteurs en chef ne l’y ait invité.
Les journalistes tweetent des infos, leurs humeurs, leurs points de vue et figurez-vous qu’ils font ça sans même en avoir informé leur hiérarchie.
Ce qui veut dire qu’ils n’écrivent pas ce qu’on leur a dit d’écrire et donc qu’ils pensent par eux-mêmes.
Les chefs ont alors réalisé plusieurs choses :

1) Les journalistes sont indépendants d’esprit
Ils sont capables de s’intéresser à un sujet sans qu’on leur ait demandé de bosser dessus, ils ont soif de débats, d’échanges d’idées, si possible avec des gens qui ne sont pas du « sérail » et qui ont des préoccupations autres que celles imaginées par les rédactions parisiennes.
Tous les matins en réunion les mêmes questions : qu’est-ce qui intéresse les gens ? De quoi veulent-ils qu’on leur parle ?
Quel bel outil que Twitter qui te met face à ton lectorat, tes auditeurs, tes téléspectateurs, comme l’explique Erwann Gaucher*. Même si, bien sûr, Twitter est en soi un microcosme on y croise des agriculteurs, des enseignants, des infirmiers, des étudiants, des chômeurs…
Du débat, des échanges peuvent naître des idées de reportages, d’enquêtes, pourquoi pas ?

2) Le journalisme est un travail comme un autre
Comme le dit si bien Morgane Tual** non nous ne sommes pas des journalistes 24h/24 et oui lorsqu’il nous arrive de tweeter nos humeurs, nos coups de cœur ou nos tranches de vie c’est en tant que personne et non en tant que journaliste.
Comme n’importe quelle personne qui travaille et qui laisse son boulot derrière lui en rentrant chez lui.
Jamais complètement, je l’avoue : nous avons notre façon à nous de regarder et d’écouter les infos avec notre œil critique de professionnel, regarder un JT avec nous peut être très pénible pour quelqu’un qui n’est pas journaliste.
Nous avons du mal à déconnecter de l’actualité pendant les jours off mais nous nous efforçons de le faire et cela fait du bien quand on y arrive.
Comme n’importe quelle personne qui rentre avec ses soucis de la journée et qui prend du temps à décompresser.
Mais nous sommes aussi capables de débrancher, comme tout le monde, et même de nous lâcher.
J’ai souvent eu des échanges avec certains de mes followers étonnés du décalage entre une info que je venais de commenter sur Twitter et la façon dont je la traitais « sérieusement » quelques minutes plus tard à l’antenne.
Oui c’est mon métier.
Et oui on peut être naturel et désopilant sur Twitter et rester consciencieux et professionnel dans son travail.

3) Les journalistes ne sont pas des schizophrènes
Les chefs sont prêts à accepter cet état de fait du moment que le journaliste respecte certaines règles comme celle de ne pas dire du mal de son employeur.
On ne mord pas la main qui nous nourrit. Nul besoin d’émettre cette règle pour que celle-ci soit respectée.
L’idéal serait soit d’avoir deux comptes : un pro et un perso. Un perso où nos propos n’engagent que nous, un autre où nos propos engagent notre rédaction.
Moi qui suis pigiste et qui travaille pour des médias qui techniquement pourraient être concurrents je fais comment ?
Tweeter des infos validées par la rédaction ça veut dire faire de la com’ ou pire faire comme certains politiques qui se servent de Twitter comme d’un agenda électronique : « ce soir rencontre avec des jeunes à la salle des fêtes de Pougues-les-Eaux ».
Et comme le dit – une nouvelle fois très justement- Morgane Tual, « Un peu de #LOL, de #NSFW (NDLise : not safe for work / pas sûr pour le travail) et d’insolence font tout le charme de nombreux comptes « influents ». »**
Savoir que les journalistes ne sont pas des machines mais des êtres de chair et de sang capables de s’enthousiasmer pour un match de foot ou une émission télé les rendent plus accessibles.
A toutes les personnes qui m’ont suggéré de créer un compte dédié au LT (Live tweet : tweeter en direct un programme télé), une de mes passions avouées, je leur ai répondu que c’était à prendre ou à laisser.
Que je suis aussi bien capable de parler de la Corne de l’Afrique que de « l’Amour est dans le Pré ».
Qu’importe si cela fait fuir les gens, je ne fais pas la course aux followers.

Une chose importante que les rédactions devraient simplement réaliser : le capital sympathie et humain de leurs journalistes.
Car c’est en partie grâce à @rtlgrandest que j’écoute de temps en temps RTL, grâce à @guybirenbaum et @DavidAbiker que j’écoute Europe 1, grâce à @amauryguibert que je me branche sur France 2, à @JeanZeid que je me suis mise au Mouv’, grâce à @NZidane que je prête plus l’oreille à France Inter, grâce à @lecontempteur qu’il m’arrive même de lire des articles de Nord Eclair.
Ce sont leurs personnalités qui m’ont poussée à écouter ou regarder les médias pour lesquels ils travaillent, pas les infos « corporate » qu’ils auraient pu diffuser.


* Pourquoi Twitter fait-il tellement peur à certains journalistes ? d’Erwann Gaucher
http://www.erwanngaucher.com/02082011Pourquoi-Twitter-fait-il-tellement-peur-agrave-certains-journalistes-,1.media?a=686

**Encadrer les réseaux sociaux : pourquoi les médias se trompent de Morgane Tual
http://morganetual.com/?p=537


Rien de tel qu’un mariage

28 avril 2011, 2 Commentaires

Le mariage n’a pas encore eu lieu et cela fait déjà des semaines que l’on nous bassine avec.

Par « on » comprenez les médias qui ne cessent de donner du William par-ci, du Kate par-là, de la meringue partout.

Les bookmakers anglais sont en émoi.

Kate se trompera-t-elle dans l’ordre des prénoms de son futur mari ? Une éventualité envisagée à 1 contre 25 chez Ladbrokes, à 1 contre 8 chez Paddy Power.

Suis-je la seule à me foutre que la reine porte ou non un chapeau jaune et Victoria Beckham une tenue violette ?

Sans doute que non, mais si on en entend autant parler c’est bien que ça doit intéresser des gens, songeais-je naïvement.

J’ai donc mené mon enquête même si forcément mon panel de connaissances n’est peut-être pas forcément représentatif (mais représentatif de quoi ?).

A l’exception de deux personnes tout le monde s’en fout.

Même en Grande-Bretagne, me dit un ami qui vit là-bas.

Mais pourquoi donc alors ?

Parce qu’il y a encore des personnes que cela fait rêver les histoires de princesses, les grandes robes et les couronnes ?

Si oui il faut vraiment faire quelque chose avec l’éducation des petites filles.

Mais qui sont ces gens ?

Sont-ils tous aussi extrêmes que cette mexicaine qui a fait une grève de la faim pour obtenir son billet pour Londres ? *

Et moi suis-je simplement une grande aigrie de la vie parce que ce genre de « conte de fées » des temps modernes ne me fait pas, mais alors pas du tout rêver ?

Et sinon qu’est-ce que toute cette effervescence peut bien cacher ?

Car oui en plus d’être aigrie j’ai l’esprit mal tourné.

C’est plutôt pratique un mariage princier en pleine crise économique.

De quoi faire oublier l’augmentation faramineuse des frais de scolarité en Grande-Bretagne votée en décembre dernier.

L’an prochain les frais d’inscription seront multipliés par trois dans des dizaines d’universités.

Une hausse censée pallier la coupe de 40 % faite dans le budget de l’enseignement supérieur. **

Mais pleurez pas les filles, rien ne sert d’aller à l’université, peut-être qu’un jour votre prince viendra et alors plus de souci d’argent, plus besoin de gagner votre vie et donc plus besoin d’apprendre. CQFD.

Oui mais Kate elle a rencontré William à la fac. Damned, le raisonnement ne tient plus.

Un mariage princier en temps de crise ça fait rêver, ça fait oublier les soucis, ça noie les polémiques et ça fait la pub de la monarchie.

En cas de crise, [les Britanniques] se trouvent mieux lotis avec une reine qu’avec un président qui s’accapare le pouvoir. La reine, qui a le sens du devoir et n’a pas commis d’impairs, est la meilleure publicité de la monarchie » (Anne-Elisabeth Moutet, journaliste du Sunday Telegraph à France 24)***

Et un mariage princier c’est tellement bien foutu que ça peut même profiter aux républicains sur le thème de « comment peut-on dépenser 33 millions d’euros quand les comptes du pays sont dans le rouge ? »

Oui mais bon en même temps ça devrait rapporter 700 millions d’euros au royaume. ***

Qui dit mariage en temps de crise dit reprise économique.

C’est vraiment bien foutu en fait.

Mais alors ce serait un mariage de raisons (économique, politique…).

Ce serait comme attirer l’attention  sur quelque chose (de glorieux) pour faire oublier autre chose (de moins glorieux).

Comme faire la guerre pour aider un peuple qui s’insurge et au passage redorer son blason et faire oublier les problèmes de politique intérieure.

Oh wait !


* http://www.bbc.co.uk/news/world-latin-america-13167829
**http://lexpansion.lexpress.fr/economie/9-000-livres-le-nouveau-prix-a-payer-pour-etudier-au-royaume-uni_252045.html
***http://www.france24.com/fr/20110427-britanniques-sont-toujours-royalistes-mariage-royal-kate-middleton-william-londres-royaume-uni


Si on ne peut plus rien dire alors…

14 avril 2011, 5 Commentaires

Je voulais vous parler de l’entrée en vigueur de la loi contre «la dissimulation du visage dans l’espace public», comprenez : le voile intégral.

Ne nous voilons pas la face (sans mauvais jeu de mots), cette loi n’est pas destinée à interdire le port du masque au méchant de Scream ni celui de la cagoule à Michaël Youn.

« Oulala te risque pas sur ce sujet tu vas te faire démolir » me dit-on, le débat est sensible et les idées sur ce sujet sont tranchées.

Très bien, je ne vous dirai donc pas que je trouve normal qu’une femme se dévoile pour aller chercher ses enfants à l’école, lorsqu’elle se rend à la mairie ou autre mais que ce qu’elle fait dans la rue la regarde.

Et je ne vous dirai donc pas que selon moi une loi n’était pas nécessaire sauf à vouloir stigmatiser des extrémistes qui sont minoritaires dans notre pays.

Je ne voudrais pas susciter d’odieux commentaires.

Précisons que pour moi le débat sur la nécessité de légiférer est indépendant du débat sur l’image de la femme que ce voile renvoie.

Dans ce cas je peux peut-être parler du rapport qui propose d’infliger des amendes aux clients de prostituées.

Ah non, on me dit dans l’oreillette que le sujet est aussi chaud… Parce qu’il y a apparemment des gens qui pensent que la prostitution c’est une vocation.

Je ne vous dirai donc pas que pour moi ce sont contre les macs qu’il faut lutter mais ça c’est plus difficile que d’infliger des amendes à des hommes qui trouveront un autre moyen d’assouvir leurs envies.

Je pourrais peut-être évoquer l’idée d’introduire des jurés populaires dans les tribunaux correctionnels.

Projet de loi dont je ne comprends toujours pas l’utilité si ce n’est peut-être l’intérêt électoraliste.

En même temps bizarrement je doute que les familles qui ont du mal à boucler leurs fins de mois se consolent en se disant qu’un jour elles seront peut-être membres de jurés populaires et que rien que ça ça leur fait oublier tous les soucis du quotidien.

Je me risquerais encore moins à parler du projet d’aménagement des concours des grandes écoles Mines-Pont et Centrale-Supelec pour la Pâque juive.

Information du site Mediapart démentie par les organisateurs. (*)

On a décidément du mal avec cette bonne vieille laïcité.

Puisqu’on ne peut plus rien dire sans risquer de déchaîner des passions et opposer des points de vue dénués de raison ne disons plus rien et contentons-nous de nous amuser de nos politiciens.

Ne nous arrêtons pas sur les propos de Claude Guéant : « Les Français, à force d’immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques qui s’imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale. » (le 17 mars 2011 au micro d’Europe 1).

Je rappelle qu’il est ministre de l’Intérieur.

Rions plutôt des bourdes de Frédéric Lefebvre (**) et de Nadine Morano (***).

C’est bien les lapsus, c’est fédérateur, on rit tous ensemble.

Ca évite de se déchirer sur tous les autres (vrais) sujets.


* Projet d’aménagement des concours des grandes écoles pour la Pâques juive http://www.la-croix.com/afp.static/pages/110413192310.jcdebsx0.htm

**  La bourde de Frédéric Lefebvre http://www.youtube.com/watch?v=aSOmAH93DTg

*** La bourde de Nadine Morano http://www.youtube.com/watch?v=QaVr04uaQmk


L’œil dans le rétro

25 décembre 2010, 4 Commentaires

Tout comme le repas de Noël il y a des choses auxquelles vous ne pouvez pas échapper à cette période : les rétrospectives de l’année et les bêtisiers qui sont des rétrospectives en soi faites pour vous gaver si vous n’aviez pas mangé assez de bûche.

Manque de bol ça correspond aussi à l’anniversaire de mon site, son premier.

Et en jetant un coup d’œil dans le rétro je me rends compte que ce n’est pas simple de tenir le rythme : cinq billets en janvier, quatre en février et mars, deux en avril, un seulement par mois depuis…

Pourtant j’ai beaucoup de choses à dire, ceux qui me connaissent ne le savent que trop bien.

La question qui ne cesse de me tarauder c’est que faire de ce site? Un CV interactif ou un espace où je peux écrire librement sans penser aux conséquences que cela pourrait avoir sur mon avenir professionnel?

Le fait est que c’est un drôle de métier que celui de journaliste.

On est censé être objectif, mettre notre opinion de côté tout le temps que l’on passe dans nos rédactions.

Pour remettre ensuite nos habits de citoyens.

Ce n’est pas si compliqué qu’on l’imagine en réalité, ça fait partie du métier.

Plus difficile en revanche pour le journaliste de s’exprimer librement en dehors de son travail sous peine d’être taxé de partialité lorsqu’il l’exerce.

Bien sûr que nous avons des opinions politiques, bien sûr que nous réfléchissons à ce qu’il se passe autour de nous, c’est même la base de notre métier.

De là à prendre position dans le débat politique c’est autre chose.

Certains le font, et c’est tout à leur honneur, d’autres préfèrent éviter le mélange des genres. C’est mon cas.

Je prends part à ma façon à la vie politique de ma ville et de mon pays mais je ne suis encartée dans aucun parti.

Je pense que je l’aurais déjà fait si je n’étais pas journaliste même s’il est difficile de trouver un parti qui vous convienne complètement.

Cela ne veut pas dire que je ne dis pas ce que je pense et un an de lecture de mon site peut vous donner une idée de mes idées.

Je n’ai jamais subi aucune pression, je n’ai pas – que je sache – raté un emploi à cause de ce que je pourrais écrire.

Mais il faut rester vigilant.

Certains pensent que les compagnes de politiques ne sont pas capables de faire correctement leur travail alors imaginez des journalistes tout court qui, comme tout le monde, ont des opinions politiques.

Aux concours d’entrée aux écoles de journalisme il faudrait accepter en priorité les athées qui ne sont pas pour autant anticléricaux et les abstentionnistes qui ne sont pas pour autant anarchistes.

Comme ça au moins on est sûr de l’objectivité de l’info.

Comment ça ça n’existe pas des gens qui n’ont aucune opinion sur la religion et la politique ?