Même pas peur

30 septembre 2010, 2 Commentaires

Les gens ne me croient jamais quand je leur dis que j’ai peur des chiens.

La simple vue d’un caniche peut me faire changer de trottoir. Et plus ils sont petits et plus je me méfie.

Mais je me soigne, enfin j’essaie.

Exercice pratique : rester stoïque lorsqu’en terrasse quelqu’un s’assied à la table d’à côté avec son chien qui a décidé de me faire du renifle-pied.

Un problème ? Non aucun… Pourquoi ? J’ai l’air tendu ?

Je sais c’est idiot.

Mais une peur, par définition, n’a rien de rationnel.

Enfin si, justement.

La peur est un mot galvaudé.

Utilisé souvent à tort, plus qu’à travers.

Je crains les chiens, je me méfie d’eux, je suis sur mes gardes quand j’en vois un.

La peur c’est autre chose.

C’est un sentiment que je n’ai ressenti qu’une fois.

Cette fois-là j’ai compris que je n’avais jamais vraiment eu peur auparavant.

Ce jour-là un attentat venait de se produire à quelques rues de chez moi, et ce n’était pas la première fois.

J’habitais alors Istanbul. C’était en novembre 2003.

Lors du premier attentat je n’ai pas eu peur, je me suis dit qu’il s’agissait d’un acte isolé.

L’explosion avait eu lieu à proximité de chez moi, dans le quartier des ambassades (là où tous les expatriés se regroupent sans originalité).

Une synagogue était visée.

Bilan : 23 morts. 6 juifs et 17 musulmans. 300 blessés.

Nous étions alors en période de ramadan et la vie a continué comme si de rien n’était.

Mais seulement cinq jours plus tard un autre attentat.

Les cibles : le consulat britannique et la banque HSBC.

Une trentaine de morts dont le consul britannique. Près de 400 blessés.

J’étais seule chez moi, mes colocs étaient à la fac.

J’entends encore le bruit assourdissant des hélicos au-dessus de ma tête.

J’avais peur cette fois.

C’est un sentiment que doivent ressentir au quotidien les habitants des pays en guerre.

Un sentiment que je ne souhaite à personne de ressentir un jour, pas même à mes ennemis.

C’est l’impression d’être piégé, de ne rien pouvoir faire, de n’avoir aucun endroit où fuir.

L’impression que quoi qu’on fasse on ne pourra jamais empêcher le pire de se produire.

L’impuissance la plus totale.

Le sentiment d’être en sécurité nulle part.

Vouloir infliger ce sentiment là à toute une population c’est lui vouloir du mal.

Peu louable s’il s’agit de la population d’un pays ennemi contre lequel on est en guerre mais néanmoins logique en de telles circonstances.

Grave et inexcusable lorsqu’il s’agit de ses concitoyens.

Pas si classe

23 septembre 2010, 7 Commentaires

C’est la magie de la SNCF : parfois voyager en première classe vous coûte moins cher qu’en seconde.

Et quand on prend le premier train de la journée on se dit que ce sera justement l’occasion d’être au calme, de profiter du luxe de pouvoir étaler ses jambes à sa place isolée, de dormir.

C’est en tout cas ce que je croyais jusqu’à ce que je découvre ma place.

En face de moi – dans un compartiment ouvert de six places – un couple et son bébé, beaucoup plus réveillé que moi, à ma gauche une mère voyageant seule avec ses deux têtes blondes, beaucoup moins angéliques qu’elles n’en ont l’air.

Ce voyage s’annonce long.

Parce que les parents n’ont aucune intention de se lever, se balader pour calmer leur progéniture quand elle commence à gêner tout un wagon.

Je me dis que je n’ai vraiment pas de chance et que le retour en soirée la semaine prochaine se passera mieux.

Ce sera pire. J’ai droit à une place isolée face à face avec une dame qui m’a l’air civilisé.

Mais à côté de moi – dans ce fameux compartiment six places qu’ils feraient bien mieux de barricader – une famille italienne et ses trois enfants âgés de deux mois à six ans.

Sympathiques ils ont décidé que nous devions tous regarder ou au mieux écouter le film « Cars » et de peur qu’on en profite pas tous ils mettent le son de façon à ce que personne n’en perde une miette.

Je tente alors mon regard noir aux yeux bleus, je les regarde avec insistance, à deux doigts de leur proposer des écouteurs, peut-être ont-ils simplement oublié d’en prendre.

Mon italien est très approximatif, je connais quelques insultes mais je vais éviter.

Ma voisine qui avait décidé de lire souffle et referme son bouquin.

Moi je décide d’aller à la voiture-bar déserte.

Et je me dis qu’en fait la première classe est simplement devenue la classe où tout est permis.

Peut-être parce que le fait de payer plus cher vous donne tous les droits dont celui d’em…le monde autour.

Et si quelqu’un proteste vous pouvez toujours lui répondre : « j’ai payé ma place moi Madame ! ».

Tout comme payer la première classe donne le droit d’engueuler un contrôleur du retard qu’a pris le train : « non mais vraiment on en peut plus de la SNCF, toujours la même chose, toujours en retard et ils nous disent jamais pourquoi et nous on paie notre billet Monsieur. »

Le train avait cinquante minutes de retard, moi aussi ça m’a embêté je devais me lever à 4h30 le lendemain pour aller travailler, j’avais pris exprès celui-là pour profiter plus longtemps du soleil charentais… si encore j’avais raté le dernier métro peut-être aurais-je été moins impassible.

Plutôt que de m’énerver je discutais avec une dame âgée à côté de moi, nous nous disions qu’il y avait quand même plus grave dans la vie comme les inondations au Pakistan etc.

Sans faire de délit de faciès les deux personnes qui se défoulaient sur ce pauvre contrôleur n’avaient aucun RER à rater et n’ habitaient sans doute pas très loin de la gare Montparnasse.

Le train ne roule pas à la même vitesse pour tout le monde.

Peu importe du moment que j’avance et surtout que mes idées ne restent pas arrêtées.